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Itinéraires et récits relatifs à des sorties passant du Nord au Sud par la Hesbaye, le Condroz, l'Ardenne, les Vosges, le Jura, le Chablais, le Mont-Blanc, la Vanoise, les Alpes Grées, le Piémont, Val d'Aoste, le Haut-Languedoc, la Crête ...

Aah les refuges ...

     Durant les nombreuses années consacrées à arpenter les Pyrénées, passer la nuit rimait avec dresser la tente. Ce n’est que la remontée progressive vers le Nord (Ecrins, Vanoise, Mont-Blanc,…) qui a apporté son lot de soirées en refuge, dont certaines ont déjà été relatées par ailleurs. Les adeptes de ce mode d’hébergement auront sûrement remarqué que l’ambiance qui y règne varie de manière importante selon qu’ils sont bondés ou non, situés en moyenne ou haute montagne, de ce côté-ci des Alpes ou sur les versants suisses ou italiens. Bref, il y en a pratiquement pour tous les goûts mais, dans la plupart des cas, c’est promiscuité assurée et ronflements à tous les étages. Les nuits sont donc souvent agitées voire très courtes surtout lorsque, à titre d’exemple, il faut se lever à 1h du matin au refuge des Cosmiques pour attaquer les 3 Monts et qu’un alpiniste a la bonne idée de faire les cent pas dès 23h, de peur probablement que ses compagnons de cordée ne partent sans lui …

Dent du Géant et Grandes Jorasses depuis le refuge des Cosmiques

     Dans certains cas, c’est le gîte lui-même plus que ses occupants qui peut surprendre. Ainsi en est-il, hormis les bivouacs qui ne permettent d’abriter qu’une poignée de personnes, du refuge Durier, ce petit cabanon d’une vingtaine de places situé à près de 3500 m d’altitude à l’extrémité des Dômes de Miage et au pied de l’Aiguille de Bionnassay. Une seule et même pièce, un équipement sommaire, des couchages en strates successives, … Un de ces refuges à l’ancienne donc, bien loin des bâtiments rénovés qui fleurissent un peu partout dans les massifs. Dans d’autres cas, et malgré la beauté du paysage, l’atmosphère qui se dégage est tout sauf chaleureuse, comme au refuge Torino, point de départ vers les arêtes de Rochefort. D’une capacité de 200 lits environ, cette ancienne caserne de l’armée italienne devient vite lugubre en cas de faible fréquentation : grandes pièces, longs couloirs, lourdes portes métalliques, … Heureusement tout ça est oublié dès qu’on foule la neige au petit matin.

Cervin et Mont Rose depuis le refuge Torino

     Le contraste peut être saisissant avec certains refuges de moyenne montagne où l’ambiance semble souvent plus décontractée. C’est le cas, entre autres, du refuge de la Dent Parrachée situé sur les hauteurs du Lac du Plan d’Amont. Comme son nom le laisse supposer, ce refuge très prisé est le point de départ presque obligé pour l’ascension de ce sommet. Le gardien n’est évidemment pas étranger à l’atmosphère qui y règne : grand connaisseur des conditions qui prévalent sur « sa » dent, ce personnage haut en couleur est un adepte des récits parfois épiques et des « points météo », qui sont en réalité des moments de convivialité partagés avec le personnel autour de la table de cuisine. De plus, ce refuge héberge fréquemment de jeunes népalais souriants et attentionnés malgré la barrière culturelle et une maîtrise de la langue souvent rudimentaire. Cette situation n’est pas sans rappeler le refuge du Prariond situé aux sources de l’Isère et où plane certains soirs une douce odeur d’encens.

Le refuge du Prariond et la Grande Aiguille Rousse

     Quoi qu’il en soit et pour peu qu’ils soient situés sur le tracé de courses classiques, les refuges sont souvent surpeuplés, même lorsque la météo n’est pas des plus favorables. En moyenne montagne, la situation peut cependant être très différente lorsqu’on pratique l’alpinisme en dehors de la saison estivale. Ils ne sont alors pas encore pris d’assaut par les randonneurs et il n’est pas rare de s’y retrouver seul ou presque. Ainsi en est-il du refuge de Turia, situé au Pied du Mont Pourri et qui constitue un point de départ idéal pour entamer la traversée intégrale par le Dôme de la Sache. Non gardé bien que surveillé durant l’été, il offre un point de vue étendu sur les sommets de Haute Tarentaise, du Ruitor à la Grande Sassière. Sur ce même versant se trouve le refuge du Monal qui n’est pas en reste lorsqu’il s’agit de profiter de la quiétude de la montagne. Lors d’un séjour fugace, le gardien s’est coupé en quatre pour offrir un accueil digne de ce nom à l’unique visiteur d’un soir. Mémorable …

Hameau et refuge du Monal face au Mont Pourri