123Gravir/LeBlog


Itinéraires et récits relatifs à des sorties passant du Nord au Sud par la Hesbaye, le Condroz, l'Ardenne, les Vosges, le Jura, le Chablais, le Mont-Blanc, la Vanoise, les Alpes Grées, le Piémont, Val d'Aoste, le Haut-Languedoc, la Crête ...

Nuit et brouillard en montagne


     Que celui qui n’a jamais eu à affronter la nuit tombante ou le brouillard en montagne lève le doigt. En effet, même une préparation adéquate de la sortie en examinant à la loupe les prévisions météo ne suffit pas toujours, tant les conditions climatiques peuvent être amenées à changer rapidement.  Comme le confiait il y a peu une inconditionnelle de Pralognan-la-Vanoise, ces éléments font peur à beaucoup de pratiquants en raison des risques supplémentaires qu’ils font courir, les dangers objectifs comme les crevasses ou les barres rocheuses étant dans ces conditions plus difficiles à repérer. Dans ce cas, une observation attentive du terrain et de la carte ou mieux une bonne connaissance des lieux  peuvent être d’un grand secours pour envisager des solutions de repli. Ce fut le cas lors de notre récente ascension du Mont-Blanc par les 3 Monts relatée par ailleurs.

Multiples crevasses en face Nord du Tacul

     De manière une peu similaire voici quelques années, la montée vers le refuge du Col de la Vanoise s’est faite sous un ciel quelque peu chargé mais les prévisions du lendemain semblaient excellentes. Arrivés au petit matin à l’épaule de la Réchasse, les nuages ont commencé à remonter depuis la vallée. La traversée en direction de la Pointe du Dard, que nous avions déjà effectuée par le passé sous un grand soleil, s’est déroulée cette fois sous une brume de plus en plus épaisse à mesure que nous progressions. La Réchasse avait alors complètement disparu de notre vue et le retour s’est opéré à la boussole. De retour à l’épaule, le ciel s’est complètement ouvert et le beau temps a fait son apparition, comme annoncé dans les prévisions météorologiques. Le glacier avait donc visiblement décidé que, cette fois, nous n’étions pas les bienvenus.

Pointe Ouest du Mont Pelve

     En remontant plus avant dans le temps, à l’époque où nous arpentions les Pyrénées, il nous est difficile de ne pas associer brouillard et Vignemale. Il s’agissait de notre première expérience de cramponnage, disposant d’un équipement rudimentaire et de surcroît accompagnés de nos vaillants marmots. Nous avions entrepris de gravir ce plus haut sommet des Pyrénées françaises en une seule étape, sans loger au refuge, nous contraignant donc à un départ sous les étoiles. Au pied du Glacier d’Ossoue, les choses se sont brusquement compliquées car, en dépit d’une météo annoncée favorable, un épais voile nuageux enveloppait le sommet. La montée s’est donc faite dans la brume, en profitant heureusement d’un itinéraire évident mais la température avait néanmoins brusquement chuté. Petit coup d’œil rapide au versant espagnol par lequel les nuages remontaient en cohortes serrées, quelques céréales grignotées à la hâte et retour aussitôt vers la vallée qui bien entendu, était demeurée sous le soleil.

Au retour du Vignemale, sous le Glacier d'Ossoue

     Parfois, de telles conditions sont à l’origine de rencontres inattendues, voire insolites, qui laissent alors des souvenirs impérissables. Ainsi, lors de nos périples pyrénéens, nous avons été surpris en fin d’après-midi par des nuages bas lors de la montée vers les étangs de Juclar, entre Haute-Ariège et Andorre. L’itinéraire sur les pentes herbeuses et dans les pierriers s’est poursuivi sous une pluie fine de plus en plus pénétrante. Trempés, nous semblions résignés à passer la nuit qui tombait sous la tente sans possibilité de nous sécher, sauf à gagner un abri repéré sur la carte. A mesure que nous nous en rapprochions, une odeur de feu de bois s’est faite sentir et nous conduisit à ce qui était en fait un refuge non gardé. Situé à l’extrémité du lac, il avait été investi par deux couples de pécheurs venus passer le week-end avec leurs enfants. Discussion à bâtons rompus auprès de l’âtre en savourant un repas chaud et le reste de fatigue n'était plus qu'un mauvais souvenir.

Etangs de Juclar depuis le col éponyme